Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /Jan /2010 16:07

 

Une précision concernant la compréhension du terme de risque s’impose. En effet celui-ci ne doit pas être compris comme un élément aux limites du travail humain mais plutôt comme le résultat de construits sociaux , qui se constituent à partir de l’expérience commune de la situation de travail vécue par des salariés.

Aussi doivent-ils être placés au centre des dispositifs, non pas seulement de la prévention des risques psycho-sociaux, mais également de l’élaboration même de ce type de prévention, dans le souci de coller aussi près que possible au réel de leur activité et éviter ainsi les élucubrations modélisantes qui visent à généraliser des catégories de risques, sans tenir compte ni des particularités des situations de travail, ni de l’implication de la subjectivité dans la perpétuation des situations de risques.

A titre d’exemple, l’alcoolisme répandu au sein d’une profession ne doit néanmoins pas faire perdre de vue les implications subjectives en rapport avec la situation de travail spécifique.

Dès lors, l’analyse des risques psycho-sociaux, ne peut se faire en dehors de l’appréhension de ce rapport, dont la nature peut-être déterminée par un travail de co-analyse de l’activité conduit conjointement par des psychologues du travail et des salariés concernés par la définition de ces risques.

Par conséquent, l’on comprendra que la pertinence d’une formulation nosographique des risques psycho-sociaux est d’autant plus contestable qu’elle vise parfois à déplacer sur les salariés, la responsabilité des carences inscrites pourtant, dans l’ordre organisationnel.

Repérer et classer un risque psycho-social, peut même s’avérer inutile, voire devenir néfaste, si l’on considère que son objet vise à la transformation de la situation de travail, pour parler de manière générale, qui matérialise le risque en question.
Or, cette matérialisation constitue l’objectif du travail de co-analyse mené par les psychologues et les salariés ensembles, il permet de faire advenir dans l’ordre du concret d’une situation de travail, par le biais de discussions qui portent sur le détail de l’activité afin d’en repérer les risques, l’incidence d’un risque perçu et défini par les salariés eux-mêmes, au point de pouvoir le dépasser.

En dehors de cette survenance, rien n’indique qu’il existerait un lien établi entre un hypothèse de risque affirmé et l’application à leur propre situation.

Aussi la prévention des risques psycho-sociaux nous semble devoir s’accompagner d’un travail psychologique de compréhension de ces risques. Ou bien, ce type de prévention ne manquerait pas de demeurer une simple ordonnance organisationnelle, sans impact positif, sur la capacité des salariés à pouvoir lever les situations génératirices de risques, par un travail commun de compréhension des situations de travail afin d’établir la ou les manières possibles de dépasser, contourner, appréhender ou éviter les situations à risque qui traverseraient leur activité.

Au demeurant, se pose à ce moment la question de la souplesse organisationnelle, dans sa capacité à recevoir ou pas, les conditions relevées par les salariés afin de lever les situations à risque. Les organisations  devront pour cela, laisser le cadre de la prévention pour celui de l’action concertée, sur le travail et non pas sur les risques qui n’en sont que la conséquence.

Pour conclure, l’on peut dire que l’on trouve dans la notion, aujourd'hui très prisée, de risque psycho-social , les contours d’une dérive fatalitaire dont les organisations doivent pouvoir se départir.

Ceux-ci ne peuvent s’analyser en dehors du contexte particulier de leur survenance, et toujours en postulant l’ordre du travail réel , comme étant celui qui ne se livre pas d’emblée, mais qui requiert de l’analyse, par ceux-là mêmes qui l’exercent.

En d’autre termes, s’il existe des décalages entre les règles prescrites et le travail réalisé au sein desquels s’insinuent toutes les caractéristiques inédites ou pas de la subjectivité humaine, qui ne peuvent être perdus de vue.

Les mêmes décalages existent, entre les intentions modélisantes de l’organisation idéale, et les lourdeurs opératoires ou institutionnelles relevées, que ne saurait ignorer toute action de prévention.

Par Stéphane Jégo
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 12:16
    A la lecture d'un article du psychanalyste nord-américain, Heinz Kohut, intitulé " Réflexions sur le narcissisme et la rage narcissique", je demeure séduit je l'avoue, par l'hypothèse clinique  d'un développement du narcissisme, susceptible de trouver dans la relation transférentielle une issue, dans la transformation des éléments qui le caractérisent, aussi bien sur le divan que dans la vie. Un matériel important réside notamment, dans ce que Kohut repère sous la rubrique de la rage narcissique et qui nous semble constituer plus un phénomène qu'un caractère.
Cette dernière distinction est importante à expliquer pourquoi, néanmoins, il nous semble illusoire de poursuivre, à la suite de cet auteur, dans la recherche d'une "co-existentialité", d'un champ autonome du narcissisme d'une part et d'un champ "objecto-pulsionnel", d'autre part.
Certes, nous devons dans la pratique de la psychanalyse, nous tenir à distance d'un dogmatisme dualiste et manichéen, qui nous ferait nous confondre, avec l'expérience d'un reproche quelques fois formulé, d'une visée gnosticiste de la praxis psychanalytique.
Qu'aurons-nous à gagner, en termes de développement de notre pratique et des réflexions subséquentes qu'elles nous inspirent, à insister sur les dérives narcissiques de nos contemporains et à nous faire les contempteurs inanimés de la force démiurgique et exclusivement régressive du narcissisme dans le cadre du transfert ?
Ainsi la fonction psychique du narcissisme ne doit guère être analysée, comme l'expression d'une antériorité excessive qui abolit l'épreuve développementale, tout comme la subjectivité psychosexuelle ne saurait demeurer du point de vue du clinicien, à être perçue comme un aboutissement d'une série discontinue de dépassements.
La psychanalyse doit persévérer à encourager l'émergence d'un cadre clinique et théorique afin que s'y réalisent les épreuves qui procèdent de toutes les inter-pénétrations, qui occupent et emplissent l'expérience singulière du divan. 
Dès lors, les travaux de Heinz Kohut peuvent s'avérer utiles à convertir l'hypothèse d'une "imperfection de la réalité perçue narcissiquement", ou "la part récalcitrante d'un soi élargi", en liaison, par exemple, avec l'expression d'un dessein - on ne saurait parler de désir en la matière - de vengeance plus ou moins labile et récurrent chez un patient.
La vengeance ou l'expression de la rage narcissique posent les composantes de l'idéalité en soi, qui ne peut connaître aucun autre destin que dans sa combinaison, avant tout libidinale, avec le matériel qui découle, pour le dire de manière schématique et globale, des relations objectales.
La nécessaire prise en compte, pour ne pas dire en charge d'une telle combinaison ne doit pas inciter à la pratique forcée par l'idéalisation du patient freudien, du point de vue de l'analyste, ni encourager à la quête idéelle de l'harmonie du point de vue du patient. Elle doit plutôt tendre, il me semble, du côté de la compréhension, qui constitue l'inéluctable gageure du développement de la dimension psychique disponible au sujet en analyse, afin de se confronter à son milieu de vie. 

 
Par Stéphane Jégo
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