Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 12:16
    A la lecture d'un article du psychanalyste nord-américain, Heinz Kohut, intitulé " Réflexions sur le narcissisme et la rage narcissique", je demeure séduit je l'avoue, par l'hypothèse clinique  d'un développement du narcissisme, susceptible de trouver dans la relation transférentielle une issue, dans la transformation des éléments qui le caractérisent, aussi bien sur le divan que dans la vie. Un matériel important réside notamment, dans ce que Kohut repère sous la rubrique de la rage narcissique et qui nous semble constituer plus un phénomène qu'un caractère.
Cette dernière distinction est importante à expliquer pourquoi, néanmoins, il nous semble illusoire de poursuivre, à la suite de cet auteur, dans la recherche d'une "co-existentialité", d'un champ autonome du narcissisme d'une part et d'un champ "objecto-pulsionnel", d'autre part.
Certes, nous devons dans la pratique de la psychanalyse, nous tenir à distance d'un dogmatisme dualiste et manichéen, qui nous ferait nous confondre, avec l'expérience d'un reproche quelques fois formulé, d'une visée gnosticiste de la praxis psychanalytique.
Qu'aurons-nous à gagner, en termes de développement de notre pratique et des réflexions subséquentes qu'elles nous inspirent, à insister sur les dérives narcissiques de nos contemporains et à nous faire les contempteurs inanimés de la force démiurgique et exclusivement régressive du narcissisme dans le cadre du transfert ?
Ainsi la fonction psychique du narcissisme ne doit guère être analysée, comme l'expression d'une antériorité excessive qui abolit l'épreuve développementale, tout comme la subjectivité psychosexuelle ne saurait demeurer du point de vue du clinicien, à être perçue comme un aboutissement d'une série discontinue de dépassements.
La psychanalyse doit persévérer à encourager l'émergence d'un cadre clinique et théorique afin que s'y réalisent les épreuves qui procèdent de toutes les inter-pénétrations, qui occupent et emplissent l'expérience singulière du divan. 
Dès lors, les travaux de Heinz Kohut peuvent s'avérer utiles à convertir l'hypothèse d'une "imperfection de la réalité perçue narcissiquement", ou "la part récalcitrante d'un soi élargi", en liaison, par exemple, avec l'expression d'un dessein - on ne saurait parler de désir en la matière - de vengeance plus ou moins labile et récurrent chez un patient.
La vengeance ou l'expression de la rage narcissique posent les composantes de l'idéalité en soi, qui ne peut connaître aucun autre destin que dans sa combinaison, avant tout libidinale, avec le matériel qui découle, pour le dire de manière schématique et globale, des relations objectales.
La nécessaire prise en compte, pour ne pas dire en charge d'une telle combinaison ne doit pas inciter à la pratique forcée par l'idéalisation du patient freudien, du point de vue de l'analyste, ni encourager à la quête idéelle de l'harmonie du point de vue du patient. Elle doit plutôt tendre, il me semble, du côté de la compréhension, qui constitue l'inéluctable gageure du développement de la dimension psychique disponible au sujet en analyse, afin de se confronter à son milieu de vie. 

 
Par Stéphane Jégo
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