Affecté par la désaffection du travail.

   Nous réagissons ici, à un dossier publié dans le nouvel observateur pour la période du 1er au 07 Octobre 2009, sous le titre :" Le travail qui fait mal", en nous insurgeant sur le point de vue qui s'y trouve globalement adopté, qui vise à centrer la question de la relation pathogène que les sujets entretiendraient avec leur travail, de leur seul point de vue, et à développer une illusion des milieux de travail qui occuperaient une fonction pleine, à part entière, en dehors de tout vecteur humain.
Ce type d'approche est propice à la génération de mythes qui sont, par essence, sensibles à la confection d'analyses leurrantes et partiales conduisant souvent à la procréation rationalisante d'une vision du monde, dichotomique et manichéenne.
Puisque l'on en parle, il est une fois de plus fait allusion, dans ce dossier, à l'inadaptation post-catholique de ces pauvres travailleurs français, face à la modélisation indiscutable des règles du travail managé, d'obédience plutôt protestante, et donc rationnelle, forcément rationnelle.
La vulgate wéberienne de l'analyse du capitalisme a encore de beaux jours devant elle.
Aussi, à ceux qui affirment avec une pointe de condescendance, à l'égard des seconds, que les Anglo-Saxons auraient un rapport utilitariste à leur emploi alors que, pour les Français, celui-ci serait d'une nature bien plus passionnelle, j'ai envie de leur conseiller de regarder le dernier film de Michael Haneke : "Le rubanc blanc" et de réfléchir en termes de passion humaine à la réalité - pour si peu qu'elle puisse réellement advenir - d'un contexte social qui obligerait les individus au contrôle, que l'on entend trop souvent comme une nécessaire répression des affects.
L'on ne peut être qu'atterré à l'issue de la lecture des propos d'un psychiatre, fondateur d'un institut d'action sur le stress, qui semble reprocher aux français de mettre "beaucoup trop d'affect" dans la sphère professionnelle. Cette dernière serait,, en outre, selon ses termes, opposée (dans une dichotomie de plus certainement utile à éclairer sur le fonctionnement psychique des français en question) à la sphère privée qui trouverait dans le bonheur sa finalité, alors que la sphère professionnelle épuiserait sa visée téléologique dans l'efficacité.
  Pour avancer une pointe d'humour qui répond exactement au cynisme ambiant, nous serions tenté de dire que, tant de sphères constituent un pied de "nez-bulleuse " à toute réflexion anthropologique menée sur le travail.
Je ne crois pas que l'on puisse lever, à six heures le matin, les foules de travailleurs au clairon de l'efficacité. Tout comme je demeure persuadé que la question des suicides de salariés sur leur lieu de travail, ne se fait pas là parce que dans la sphère privée l'on a été incapable d'accéder au bonheur, et qu'il constitue le dernier lieu où l'on peut y mourir tranquille, débarrassé même de la question.
Alors reprenons à notre compte, la thématique de l'efficacité et inspirons-nous des travaux de Yves Clot, à la suite de Spinoza, afin de prôner une efficacité dans le travail, qui postule une "augmentation du rayon d'action" (Clot, 2006) des travailleurs, en liaison avec leur capacité  d'être affectés par ce qu'ils sont en train de faire. Ne nous méfions pas des affects dans le travail, mais oeuvrons à leur transformation en réunissant les conditions d'une meilleure compréhension de leur activité, par les sujets qui travaillent, afin de favoriser leur développement psychique, qui ne le dispute en aucune manière avec l'efficacité des organisations de travail, en France, comme nulle part ailleurs, où aurait cours une sociologie moins dichotomique et une psychologie nettement plus compréhensive.

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